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Appel à communications “Citoyenneté et condition d’étranger au prisme du travail”

L’AFHMT et la SISLav ont décidé en 2019 de lancer un programme de rencontres communes sur deux ans dans l’objectif d’ouvrir un dialogue historiographique et de stimuler la collaboration entre les adhérents des deux associations. La première rencontre s’est déroulée les 5 et 6 juillet 2019 à Rome sur le thème « Travail à domicile : des chambrelans au télétravail ». La seconde rencontre aura lieu à Paris les 3 et 4 juillet 2020.

DATES

Dates de la journée d’études : 3-4 juillet 2020
Date de retour des propositions : 20 mars 2020

LIEU

Paris

ORGANISATION

AFHMT et SISLav

Virginia Amorosi, Andrea Caracausi, Michele Colucci, Nicolas Hatzfeld, Corine Maitte, Ferruccio Ricciardi, Nicoletta Rolla, Matthieu Scherman, Xavier Vigna

ARGUMENTAIRE

La relation complexe entre travail et citoyenneté refait continuellement surface, notamment dans les moments cruciaux de la définition juridique de l’un ou de l’autre. En France, le « citoyen » de la Déclaration des droits de l’homme est libre de tout lien de dépendance personnelle, s’insérant dans un lent processus de définition des droits des travailleurs qui exclut pendant longtemps les domestiques. En Italie, cent cinquante ans après, le travail figure parmi les principes fondamentaux de la constitution de la République italienne nouvellement créée. Ces deux exemples, distants dans le temps et l’espace, sont des symptômes de la relation profonde entre « citoyenneté » et « travail », même si de nombreux travailleurs étrangers à l’UE sont toujours privés de droit de vote et ce parfois malgré de longues années de résidence dans leur pays d’accueil. Ces journées d’étude entendent observer cette relation sur le long terme.

Cette relation est d’autant plus complexe si l’on observe du point de vue des travailleurs migrants. Qu’est-ce qui lie le travailleur étranger intégrant les corporations de métier des villes des époques préindustrielles au travailleur sans papier qui, aujourd’hui, fait grève pour obtenir sa carte de séjour ?

Dans les deux cas, l’accès à une ressource locale (le travail, le métier, l’emploi…) devient un gage pour revendiquer ou bien éprouver la jouissance de la citoyenneté, alors même que celle-ci peut être formellement contestée, voire refusée. Autrement dit, les revendications pour l’accès au travail ou pour sa reconnaissance sont constitutives d’un rapport à la citoyenneté qui n’est pas réductible aux seuls droits politiques formellement reconnus par la loi. La question se pose d’autant plus pour les époques anciennes qu’une distinction officielle se construit entre les « simples » habitants et les citoyens.

Dans cette perspective, la notion de citoyenneté ne se restreint pas à l’obtention d’un statut assurant l’exercice des droits politiques. Elle prend en compte les processus de construction de droits d’accès à des ressources « autres » telles que le travail, en mettant l’accent sur les liens sociaux et leur capacité à constituer les fondements des revendications de ces droits. En suivant ce postulat, il convient de dépasser l’idée d’un monopole étatique, notamment pour les époques préindustrielles, et prendre en compte la multiplicité des structures de gouvernement, de la variété des définitions de la citoyenneté et de la non-citoyenneté, et d’appréhender ainsi la diversité et la complexité des logiques qui participent à la fabrique de l’inclusion comme de l’exclusion.

L’utilisation de plus en plus intense du salariat au tournant du 20e siècle est souvent associée à la construction progressive d’une citoyenneté exclusive par le biais du contrat de travail, qui garantit des droits en contrepartie du rapport de subordination. Ainsi, dans la tradition de l’universalisme républicain, la citoyenneté sociale – au sens de la possibilité de disposer d’un minimum de ressources et droits en s’appuyant sur le statut de salarié – serait le pendant de la citoyenneté politique, garantissant l’indépendance économique et sociale au moins relative indispensable à l’exercice des droits civils et politiques. Cette lecture, bien sûr fortement ancrée dans un espace-temps déterminé (la modernité occidentale), souligne néanmoins l’utilité de s’intéresser à l’objet « travail » pour saisir les ressorts de la construction de la citoyenneté et, a contrario, de la condition d’étranger, en tenant compte également de la spécificité des traditions historiographiques et de la diversité des terrains. Derrière l’exercice du travail, il existe en effet un ensemble de pratiques, revendications et relations sociales qui contribuent à façonner les formes d’intégration aux communautés ainsi qu’à produire des droits spécifiques et/ou des inégalités au croisement des statuts et de leurs usages sociaux.

L’interaction complexe entre réglementation du travail, droit de citoyenneté et condition subjective des travailleurs peut être vérifiée également dans des contextes différents de l’Occident industriel : que l’on pense par exemple aux espaces et aux temps coloniaux qui permettent d’enrichir les interrogations historiographiques à ce propos.

Plusieurs questions émergent depuis cette grille de lecture. Qu’est-ce qu’un citoyen ? Qu’est-ce qu’un étranger ? Comment s’articulent et se recomposent les frontières entre ces catégories, notamment au gré des variations de l’emploi ? Et comment peut-on interroger ces catégories à l’aune du travail et de sa capacité à définir l’appartenance à une communauté, qu’elle soit nationale, locale ou bien de métier ? Comment le fait de travailler dans une réalité territoriale déterminée, à toutes les époques, ouvre des droits, notamment des droits sociaux ou politiques, mais aussi parfois certaines formes de justice spécifique (la « justice expéditive » dans certaines villes d’Ancien Régime par exemple) ?

Cette journée d’étude conjointe AFHMT/SISLav invite à répondre à ces questionnements tout en favorisant le dialogue entre spécialistes d’époques et aires géographiques différentes.

Modalité de participation et envoi des contributions

À partir de cas d’études concrets, les intervenants devront donc suggérer de nouvelles pistes ou renforcer et approfondir les perspectives proposées ci-dessus.
Ces journées entendent stimuler une forme de rencontre centrée sur la discussion critique entre tous les participants. Pour ce faire, les relations écrites des communicants (env. 40 000 signes) seront demandées à l’avance pour qu’elles puissent circuler entre les participants inscrits (gratuitement) aux journées qui seront, nous l’espérons, plus nombreux que les communicants. Dans la mesure où ces textes circuleront entre tous les participants, lors des rencontres, les communicants se contenteront de mettre l’accent en quelques minutes sur les points saillants et les hypothèses principales de leur apport pour que la discussion soit ensuite la plus large possible.

Les propositions, d’une page maximum accompagnée d’un bref CV, sont à envoyer à avant le 20 mars 2020 à contact[at]afhmt.org<mailto:contact@afhmt.org>  
Les réponses d’acception seront données le 20 avril 2020.
Les contributions destinées à circuler (entre 20 et 40 000 signes) devront être envoyées avant le 30 mai 2020.

NB: en ce qui concerne les chercheuses et chercheurs affiliés à des universités ou des instituts de recherche, la SISLAV réserve l’appel, dans un premier temps, à ses adhérents.

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